La fin des bobines jetables : l’offensive du carton et des MasterSpools à l’épreuve des AMS

Pendant des années, chaque kilo de filament imprimé laissait derrière lui un déchet encombrant : une bobine en plastique rigide de 200 à 250 grammes. Pour un maker qui consomme 30 bobines par an, cela représente plus de 6 kg de plastique jetable, rarement accepté par le tri sélectif, car ces bobines mélangent des plastiques variés et souvent non marqués (polystyrène, polycarbonate, polypropylène…).
Face à l’accumulation de ces « cadavres » dans les ateliers, les fabricants ont réagi. D’un côté, les recharges sans bobine (refills), à monter sur une bobine réutilisable (MasterSpool), proposées notamment par Bambu Lab ou Fiberlogy. De l’autre, le passage aux bobines en carton recyclable, adopté par des marques comme Polymaker, Overture ou eSUN.
Sur le papier, la transition écologique semblait évidente. Mais face aux systèmes multi-filaments motorisés (Bambu Lab AMS, Anycubic ACE Pro, Creality CFS), l’enthousiasme est vite retombé.
1. Le paradoxe du carton dans les systèmes multi-filaments
Sur un dérouleur classique, une bobine en carton fait parfaitement l’affaire. Mais dans les boîtiers fermés où les bobines reposent directement sur des rouleaux motorisés, le carton montre trois faiblesses :
- La poussière : avec les frottements et les allers-retours des changements de couleur, les bords en carton s’effilochent. Cette poussière s’infiltre dans le mécanisme, encrasse les roulements et finit sur les rouleaux en caoutchouc, qui patinent.
- Les bobines voilées : contrairement au plastique moulé, le carton se déforme avec l’humidité ou les chocs du transport. Une bobine voilée frotte contre le couvercle ou saute de ses rouleaux lors des rétractions rapides.
- La fin de bobine : les bobines en carton sont plus légères. Quand il ne reste que 100 à 150 g de fil, elles n’ont plus assez de poids pour rester plaquées sur les rouleaux : elles sautent et bloquent le chargement.
2. Solutions d’atelier : anneaux adaptateurs ou recharges ?
Pour concilier zéro déchet et fiabilité, deux approches s’affrontent :
| Solution | Avantages | Inconvénients | Verdict |
|---|---|---|---|
| Anneaux à clipser sur les bords (spool rings) | Permettent d’utiliser n’importe quelle bobine carton, sans surcoût. | Consomment du filament à imprimer (environ 30 à 35 g la paire) ; peuvent élargir la bobine, qui frotte alors sur les parois ; peuvent glisser sur le carton. | Solution de dépannage pour écouler un stock de bobines carton. |
| Recharges sur MasterSpool | Bobine rigide et bien ronde, aucun frottement parasite, aucune poussière. Réutilisable indéfiniment. | Montage délicat au début (risque de nœud si on coupe les attaches trop tôt) ; choix encore limité chez certains vendeurs. | La meilleure solution pour la fiabilité et la durée. |
3. Le vrai bilan matière : est-ce vraiment écologique ?
- La bobine plastique classique : environ 230 g de plastique à usage unique pour 1 kg de fil, soit près d’un quart du poids du filament.
- La bobine en carton : aucun plastique à l’achat, mais il faut souvent imprimer deux anneaux de protection (environ 35 g de PLA ou PETG) ou renforcer les bords avec du ruban adhésif toilé. Ces anneaux, eux, se réutilisent d’une bobine à l’autre.
- La recharge sur MasterSpool : le petit noyau central en carton pèse moins de 25 g. Une fois la MasterSpool achetée ou imprimée, le déchet tombe à moins de 2,5 % du poids total.
4. Les bonnes pratiques pour réussir vos recharges
- Ne coupez jamais les attaches avant d’avoir tout verrouillé : glissez la recharge sur la première moitié de la MasterSpool, alignez l’encoche, vissez ou clipsez la seconde moitié, et seulement ensuite coupez les colliers. Sinon, le fil se déroule d’un coup et s’emmêle.
- Imprimez vos MasterSpools dans une matière qui tient la chaleur : si vos bobines passent dans un sécheur à 55-65 °C, ce qui est souvent nécessaire pour sécher son filament en PETG ou en TPU, évitez le PLA : il se déformerait et coincerait le fil. Préférez le PETG, l’ABS ou l’ASA.
- Alourdissez les noyaux trop légers : pour les fins de bobine dans un système multi-filaments, certains makers impriment un petit réservoir central rempli de billes d’acier ou de dessiccant, pour garder assez de poids sur les rouleaux.
Quel filament mettre sur vos bobines ?
Bobine en carton, recharge ou MasterSpool : le support compte, mais c’est la matière qui décide de la réussite de vos pièces. PLA, PETG, TPU, ASA ou nylon : notre sélecteur compare 12 filaments selon vos besoins (chaleur, extérieur, souplesse, solidité…), avec les températures de buse et de plateau conseillées.





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